question d'une lectrice

Cette agression sexuelle m’a traumatisée

Petite_Plume2, 31 ans

Bonsoir,

Je vous écris parce qu’il y a déjà un moment que je ne me sens plus très bien. Quand j’avais dix-neuf ans, j’ai été agressée sexuellement. Cela s’est produit un été où j’étais en vacances en Italie. Un soir, alors que je me promenais sur la plage avec un copain de mon frère, ce dernier m’a pénétrée avec son doigt tandis que je venais de le repousser. Je n’ai même pas eu le courage de me défendre.

Le lendemain, il s’en est vanté auprès de tout le monde et m’a fait passer pour une fille facile (terme que j’ai en horreur en tant que féministe). L’un de ses amis m’a d’ailleurs fait des avances éhontées qu’il s’est étonné de me voir refuser étant donné que, d’après lui, « je me tapais tout le monde ».

Evidemment, je n’ai pas su comment réagir, j’avais toujours été si timide avec les garçons, je ne comprenais pas comment tout à coup je pouvais écoper d’un tel statut. Une fois rentrée chez moi, j’ai enfoui cet épisode dans mon esprit et n’y ai plus jamais pensé, je n’en ai d’ailleurs touché mot à personne. Je l’ai si bien enfoui que l’on pourrait croire que je l’ai presque oublié, comme si cela ne m’avait pas bouleversée.

J’étais comme indifférente. Cependant, ma vie a connu certains « dérapages » sur lesquels je n’ai pas su mettre de mots. Tout d’abord, quatre mois après cet incident, j’ai développé une toux sèche qui s’est installée durant près de deux mois. Une toux si forte qu’elle m’en broyait littéralement les côtes. J’ai consulté quatre médecins traitants différents, trois pneumologues, un gastro-entérologue et un allergologue, j’ai subi divers examens médicaux et ai fait des analyses de sang et jamais rien n’a été détecté.

Aucun traitement n’a jamais fonctionné non plus. Ma toux a fini par s’en aller d’elle-même…pour mieux revenir six mois plus tard et persister plus longtemps encore. A partir de ce moment-là, elle m’a fait la surprise de sa visite deux fois par an et s’installait près de trois mois à chaque fois. Les examens ne délivrant toujours aucun résultat probant, les médecins ont donc conclu à une toux psychogène et l’ont associée au stress de la fac. Mais je ne me sentais pas vraiment stressée. Par ailleurs, ma toux ne se présentait pas forcément en période d’examens ou même de cours, elle surgissait à n’importe quel moment, sans crier gare. En parallèle, après l’incident de la plage, j’ai aussi été soumise à des angoisses un peu inhabituelles. Je commençais à craindre la mort, la maladie, la paralysie, … J’imaginais chaque soir qu’elles s’emparaient de moi, de ma famille, de mes amis et je tremblais de peur. J’en étais malade, je pleurais seule dans ma chambre…

Cela a duré plusieurs mois puis ces angoisses ont fait place à un sentiment de culpabilité tenace, culpabilité à propos de tout et n’importe quoi : je me sentais monstrueuse chaque fois qu’il m’arrivait de ne pas trouver quelqu’un à mon goût physiquement ou de privilégier ma réussite à celle d’autrui, etc. Majoritairement, je m’en voulais ne serait-ce que pour de simples pensées que j’avais pu avoir. Dès lors, j’éprouvais la sensation d’être une mauvaise personne qui ne méritait rien de bien. Il m'est arrivé également de ressentir des sensations d'étouffement quand je me mettais au lit. J'avais l'impression que mon plexus solaire se contractait et que l'air ne passait plus. Je me retournais alors pendant des heures afin de trouver une position qui puisse fluidifier mon souffle.

La même année, je suis tombée amoureuse d’un garçon, vraiment très amoureuse. Nous avons joué au jeu du chat et de la souris durant des mois avant de nous mettre ensemble. Il faut dire que l’amour m’a toujours fait peur. J’étais vraiment bien avec lui, c’est d’ailleurs le premier garçon devant lequel je me sois dénudée. Chaque fois qu’il nous arrivait de passer la nuit ensemble, le lendemain matin –j’ignore pourquoi- j’éprouvais un sentiment de culpabilité, comme si j’avais fait quelque chose de mal ou de répréhensible et pourtant, je l’aimais, j’étais consentante et chaque instant que nous partagions avait beaucoup de valeur à mes yeux… Alors, quand j’en venais à le détester, je ne me comprenais pas. Un jour, il m’a quittée, apparemment sur un malentendu. Nous n’étions pas ensemble depuis très longtemps.

Après la rupture, il a commencé à se montrer odieux à mon égard sans que je sache vraiment pourquoi et, dès lors, j’ai eu la sensation qu’il m’avait toujours utilisée et je me suis effondrée. Ainsi, un soir, après qu’il m’ait insultée par téléphone sans aucune raison valable, en vacances avec des amis proches, j’ai bien trop bu (ce qui n’est guère dans mes habitudes), tant et tellement que je m’endormais sur le canapé du salon, en plein milieu du vacarme ambiant.

A ce moment-là, tout a dérapé, je ne savais plus ce que je faisais et j’ai embrassé un ami à moi. Un ami qui ne m’avait jamais plu ni physiquement ni d’un point de vue de la personnalité ni même intellectuellement parlant. Je n’avais ni sentiments ni attirance pour lui. Ce genre d’attitude ne me ressemble en rien. J’ai toujours été si pudique, si pondérée, si raisonnable… Et pourtant, ce soir-là, j’ai fini au lit avec lui.

Nous n’avons pas eu de rapports sexuels parce que, même ivre, il se trouve que j’étais incapable de me laisser aller à ce point avec un garçon qui ne représentait rien à mes yeux. J’ai pleuré toute la nuit dans ses bras, je n’arrêtais plus de pleurer et je lui parlais de mon ex et, cependant, cela ne l’a gêné aucunement puisqu’il a continué à me caresser, même lorsque j’étais sur le point de m’endormir, sous l’effet de l’alcool et du chagrin. Il a même demandé à me doigter comme si j’étais suffisamment consciente de ce qu’il se passait et son geste, étrangement, m’a fait mal physiquement, c’était vraiment désagréable.

Il ne cessait pas de sourire stupidement tandis que je me sentais sale et humiliée. Il me répugnait vraiment. Il n’avait jamais été dans mes habitudes ne serait-ce que d’embrasser un garçon avec qui je ne sortais pas officiellement alors en arriver à des fins pareilles avec quelqu’un qui ne me plaisait même pas un tantinet, c’était incompréhensible. Le lendemain, il continuait à me caresser tandis que j’avais dessaoulé et que chacun des gestes qu’il posait sur moi me dégoûtait. Il agissait comme si j’avais été dans mon état normal, ce qui n’était pas le cas. Il m’a même proposé de coucher avec lui dans l’état déplorable dans lequel je me trouvais cette nuit-là et a refusé de me croire lorsque je lui ai avoué être toujours vierge (ce qui était vrai, je n’avais pas couché avec mon ex, nous avions rompu trop tôt).

Il s’imaginait que, parce que j’étais coquette et que j’avais du succès, je me donnais à tout le monde et pourtant, il me connaissait, il savait à quel point j’étais fière et farouche ! Après cette nuit-là, je ne l’ai pas revu durant près d’un an et, tandis que cet événement aurait dû –connaissant ma fierté mal placée et ma grande pudeur- m’anéantir et représenter un réel cataclysme dans ma vie, je l’ai refoulé lui aussi. Un soir, alors que je me promenais avec une amie à moi, j’ai croisé cet ancien ami en question et cet imbécile a voulu s’imposer à notre soirée sans invitation. Le lendemain, il m’a envoyé un POKE sur Facebook et m’a ensuite invitée à une soirée DVD avec des airs de mystère qui m’ont profondément déplu. En effet, méfiante que j’étais, j’avais toujours su tenir les garçons à l’écart, ainsi, nombre d’entre eux (dont certains me plaisaient vraiment énormément) abandonnaient la partie très vite et je rejetais tous les autres sans ménagement et lui, qui ne m’avait jamais attirée et n’avait jamais rien fait pour me plaire, s’imaginait pouvoir me mettre dans son lit en un claquement de doigts…

Je me suis sentie profondément humiliée. Mais le pire pour moi a été de ne rien comprendre à ce qui avait bien pu m’arriver. J’ai été à nouveau ivre et triste à deux reprises après cette histoire et en présence de garçons et, cependant, je n’ai plus jamais adopté pareil comportement. Je ne comprends donc pas mon attitude de cette nuit-là, c’est en totale contradiction avec ma manière de fonctionner. Ce garçon n'était vraiment pas beau, il n'avait aucun style, aucune conversation, il était lourd, … Je suis dégoûtée de moi-même.

Parfois, je sens encore ses mains et ses lèvres sur moi et j'en pleure. J'ai même vomi un jour où j'ai raconté cette histoire à une amie, n'y pouvant plus. Pendant longtemps, je me suis tenue loin des garçons, trop écœurée que j’avais été par cette nuit cauchemardesque. Mais en parallèle, j’ai adopté des attitudes parfois insensées : j’ai mis ma vie en danger un jour où j’étais triste, j’ai perdu du poids (moi qui étais déjà mince, je suis devenue squelettique mais je me suis vite reprise en main), j’ai fait une légère dépression, j’ai été odieuse avec le garçon que j’aimais, agressive avec ma famille, j’ai rompu tout contact avec certains amis parce que je me sentais inexplicablement mise à l’écart, … Et puis, un jour, après quatre années passées dans le déni, quatre années à faire des choses dont je ne prenais même pas conscience, l’épisode de la plage m’est revenu à l’esprit, en une fois. Il s’est imposé à moi et je n’ai plus jamais su comment le refouler. J’étais à un spectacle avec une amie, en Turquie… Je me suis mise à pleurer sans raison et je n’ai plus jamais pu m’arrêter.

Voilà un an que j’alterne des moments d’indifférence totale avec des instants de chagrin profond. Début d’année, j’y pensais toutes les nuits et je serrais alors très fort les cuisses en pleurant. Après cela, toutes les choses inexplicables que j’avais pu faire au cours des quatre dernières années me sont revenues en tête et je n’ai plus pu m’en relever. Cette nuit avec cet ancien ami a alors resurgi dans mon esprit et je me suis sentie humiliée et sale. Il m’arrive de serrer très fort ma poitrine de mes bras (parce qu’il l’a touchée) chaque fois que j’y repense et je pleure. Je crois que je ne parviendrai jamais à m’en remettre. Je ne dors presque plus la nuit, je prends des douches à répétition, je passe mon temps à me mépriser…

Aujourd’hui, j’ai l’impression de ne plus avoir le droit d’être moi-même : être fragile quand je me trouve auprès de celui que j’aime, jouer les fières quand on m’approche, être innocente ou pudique, … Je n’ai plus d’estime pour moi. J’ignore si tous ces éléments sont liés ou pas, j’ai besoin de comprendre. J’ai besoin de comprendre tous ces événements, s’ils ont un lien entre eux ou pas.

En fait, depuis cinq ans, j'ai la sensation de ne plus me comprendre.

Un grand merci de me lire!

réponse de l'experte

Zoé Piveteau

Psychologue Clinicienne

Chère Petite-Plume2,

Comme tu dois être épuisée. Cela fait cinq ans que tu es en lutte pour annuler ce qui a fait trauma en toi. Mais, c'est justement parce qu'il n'y a pas d'élaboration de ce qui fait souffrance, que la répétition des évènements et des émotions est inévitable. 

En premier lieu, il est nécessaire que tu te reconnaisses en victime de ce qui s'est déroulé le soir de la plage et le lendemain. Car il y a deux évènements qui font trauma et qui sont source d'humiliation. Tout d'abord l'agression sexuelle en elle-même qui induit un déni de ta subjectivité, tu es aux yeux de ce garçon l'objet de son désir. Et deuxièmement, le lendemain, où par son mensonge ta souffrance est annulée de manière très perverse. Il t'attribue son désir et donc se décharge de sa responsabilité et de sa culpabilité en annulant la transgression édifiante dont il a fait preuve la veille.

Et depuis ce jour, tu portes la culpabilité qu'il n'endosse pas. Cette culpabilité qui vient taire en l'écrasant, ta souffrance déjà meurtrie.

Par ce message il est urgent que tu deviennes ta priorité. Cela signifie, utiliser ton énergie de vie à ton service et non pas pour masquer ou taire les violences que tu as subie. Tu n'as pas à prendre le relais des hommes qui t'ont meurtrie et t'exposant à d'autres douleurs, à d'autres blessures.

Commence à prendre soin de toi, et cela commence,même si cela te semble affreux, cela commence par te demander pardon à toi-même et te pardonner. Pardonne-toi de ne pas avoir été le rempart que tu voulais être pour ton corps ou pardonnes-toi de ne pas avoir parlé ou pardonne toi d'avoir été en colère contre les gens que tu aimes...

Car pour le moment tu subis une triple peine ; en premier lieu tu es effondrée par la douleur de cette agression et des conséquences physiques et psychologiques que tu endures. Ensuite tu te sens responsable de les vivres et donc troisièmement tu te mets en danger pour te punir et te mettre à l'épreuve.

Apprends à être douce avec toi et à dissocier guérison et douleur, sensation et souffrance. Tu as le droit d'aimer, tu as le droit de ressentir, tu as le droit de jouir, tu as le droit de ne pas être d'accord, mais tout n'es pas un rapport de force, ni avec les autres, ni avec toi-même.

En redécouvrant de la douceur dans ta vie tu renforceras ton sentiment de sécurité et de confiance en toi. Ainsi un cercle vertueux s'instaura t'amenant à d'avantage de douceur, de confiance, de douceur, de sécurité ...

N'hésite pas à nous faire part de tes commentaires et de tes questions.

Bien à toi.
Zoé Piveteau


focus sur l'experte

Zoé Piveteau

Psychologue Clinicienne

Psychologue clinicienne Adresse du cabinet : 20 rue Fénelon, 92120 Montrouge - France

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Commentaires des nanas (2)
  1. Petite_Plume2

    Bonjour,

    Tout d’abord, merci pour votre réponse.

    Vous me conseillez, dans un premier temps, de me pardonner mais je ne pense pas y parvenir. Je m’en veux beaucoup trop. Le soir de l’incident, j’ai non seulement accompagné ce garçon sur la plage alors que je ne lui avais jusqu’alors que très peu parlé (j’ai donc fait preuve d’imprudence, ce qui n’est guère dans mes habitudes) mais ensuite, après ce qu’il s’est passé, j’ai continué à me montrer courtoise avec lui. Et surtout, je n’ai pas lutté. En rentrant de vacances, je présentais même parfois cet événement en riant, comme si c’était normal.

    Une deuxième raison pour laquelle je ne parviens pas à me pardonner est cet épisode avec cet ancien ami. J’ai fini au lit avec lui alors que je n’avais jusqu’alors laissé qu’un seul garçon me toucher et c’était celui que j’aimais. Lui, ne me plaisait en rien. J’étais complètement ivre, tellement ivre que je m’endormais sur le canapé où nous avons commencé à nous embrasser et je percevais la scène de très loin, comme si je n’en étais pas actrice mais spectatrice. Et aujourd’hui, chacun des gestes qu’il a posés sur moi m’ont laissé partout comme une impression de salissure. Je me sens dégueulasse et les images qui me reviennent en tête me font honte. Je n’ai peut-être pas couché avec lui et ne l’ai même pas touché en-dessous de la ceinture mais lui m’a touchée partout et je ne parviens pas à croire que ce soit moi qui aie laissé faire une telle chose et en aie presque été l’instigatrice. Comment peut-on passer de la fille hyper timide et méfiante avec les garçons, qui ne se donne que par sentiments et a attendu très tard pour se laisser aller intimement avec quelqu’un à la fille qui finit au lit avec un type qui ne lui plaît ni de près ni de loin? Je ne me reconnais pas dans cette histoire. Pire, je me sens humiliée et même en me sachant coupable, j’en veux éperdument à ce garçon qui était moins saoul que moi et continuait à me toucher alors que je m’endormais sur le canapé puis dans le lit et que je pleurais dans ses bras en lui parlant de mon ex, qui savait que j’étais toujours vierge et généralement très distante avec les garçons, qui me savait dans un état inhabituel et ne s’est pourtant pas arrêté, pire, a osé s’en vanter… J’entends encore ses propos idiots de ce soir-là. Je me sens humiliée.

    J’ai aussi peur que tout cela s’apprenne parce que je sais comment on traite les filles qui se permettent ce genre d’écarts et je ne suis pas prête à gérer ces événements -que je n’ai pas moi-même choisis- publiquement. Je me sens trop affectée. Je sais aussi que les garçons à qui je plais ne voudraient plus de moi.

    Cela me blesse profondément. Pourquoi ai-je fait une chose pareille? Comment est-ce possible? Et enfin, en tant que féministe pure et dure qui défend la sexualité féminine, je culpabilise encore davantage de penser de cette façon.

    Ces derniers temps, en repensant à tout cela, j’en ai perdu le sommeil et je rencontre des problèmes à respirer normalement. J’ai aussi chassé les deux seuls garçons que j’aimais presque malgré moi.

  2. Lutty

    Je fais depuis peu un masque miel + cannelle en poudre (1 CàC de chaque) que je laisse poser 45 min (le temps d’une série 😉 ) et j’obtiens de très bon résultats sur l’hyperpigmentation post inflammatoire (aka : les tâches qui succèdent les vilains boutons et mettent des mois à partir).
    Je le recommande chaudement! (attention aux allergies avec la cannelle)

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