enfant

Comment vivre l’attente d’un enfant qui ne vient pas ?

Ecrit par Justine Andanson
le 9 novembre 2016

 « Quand je voyais mes règles arriver encore et encore, j'étais plongée entre rage et désespoir". Comme Estelle, 32 ans, nombreuses sont les femmes qui se sont retrouvées seules un matin à découvrir le message apporté par ce sang menstruel : " ça n'a pas marché !". C'est un sentiment d'impuissance et de crainte qui étreint à ce moment-là. La femme a l'impression que non seulement, ça n'a pas fonctionné, mais que ça ne marchera jamais.  Réflexion autour de témoignages de femmes en quête de maternité …

Depuis 1967, la pilule est autorisée à la vente, et parce que le stérilet comme la pilule ont un taux d'efficacité proche de 100%, cela a crée une illusion de contrôle sur la fécondité. Dans l'imaginaire collectif, c'est comme si sans la pilule, il y avait une conception garantie à chaque rapport sexuel. L'arrêt de la pilule, serait comme un barrage qui se rompt pour laisser passer l'eau immédiatement, ce qui est attendu par le jeune couple, c'est donc une grossesse très rapide. N’est-ce pas ce qui est enseigné depuis les cours de collège jusqu'aux informations du planning familial : c'est au cours d'un rapport sexuel qu'il y a procréation.

Parfois il suffit d'un seul rapport sexuel, mais la conception n'a rien d'automatique. 

Le couple qui souhaite donner naissance, après l'arrêt de la contraception est confronté à autre rythme que la chimie, celui de la nature. Et c'est ce contraste entre l'automatisme quasi 100% de la pilule et celui de la nature qui n'est pas évident à accepter. D'autant plus que dans nos sociétés actuelles, il y a des exigences de rentabilité, de production, de rapidité qui ne correspondent pas à la complexité de l'embryogénèse humaine. La grossesse n'arrive pas parce qu'on le veut ou parce que l'on se sent prêt.

« Quand je prenais ma pilule, je n'avais pas d'enfant parce que je n'en voulais pas, c'était logique et je faisais ce qu'il fallait pour que ça se passe comme ça. Aujourd'hui, j'ai arrêté ma pilule depuis 11 mois, nous avons une sexualité, je fais aussi ce qu'il faut, mais c'est comme si ce n'était plus logique, parfois je trouve cela même injuste.  » Nour, 29 ans.

C'est à l'occasion de l'arrêt du contraceptif, que les jeunes gens reprennent contact avec le rythme de la vie. 

Il est souvent entendu que les jeunes couples ont un « projet bébé », et cette expression de «  projet bébé » vient bien exprimer que pour eux le bébé n'est pas encore une personne, et pour cause l'enfantement est un long processus. Les couples cherchent une assise financière, sociale, immobilière affective, autant d'étapes légitimes mais qui ont pour effet de repousser le début de la conception et augmenter l'âge des parents.

 « J’ai rencontré mon mari à la fac, mais on avait envie de vivre avant d’avoir des enfants, et aussi d’acheter notre maison et donc avant ça d’avoir un cdi : enfin on attendait le bon moment pour nous. » Margaux, 35 ans.

Le temps pour concevoir augmente avec l'âge des parents, chez un jeune couple de moins de 30 ans, ils ont 75 % de chance d'obtenir une grossesse en 12 mois, à 35 ans, 66% et à 40 ans 44%.

On ne parle d'hypofertilité qu'à partir de 12 mois de relations sexuelles sans début de grossesse.

Ce qu'exprime Nour, c'est un sentiment d'incompréhension; une perte de repère, pour comprendre ce qui se passe, c'est pourquoi c'est vécu comme une injustice. Les repères pour comprendre la société, le travail, ne sont pas forcément utiles pour se représenter la temporalité de la conception. On observe très souvent une méconnaissance chez les jeunes femmes des maternités dans leurs familles. Le nombre d'enfants ne correspond peu souvent au nombre de grossesses débutées par une femme. C’est important que les jeunes femmes sachent que dans l’histoire de la maternité à travers les époques tous les rapports sexuels n’ont pas donné lieu à des grossesses et que toutes les grossesses n’ont pas donné lieu à des bébés.

Force est de constater que la création d’un bébé humain est extrêmement complexe.

Sans avoir un discours anxiogène, en plus du temps d'attente d'une grossesse « qui tarde à venir », le risque de fausse couche augmente avec l’âge. Cela concerne 12% des grossesses vers 25 ans, 20% des grossesses vers 37 ans et 30 % à 43 ans. La grande majorité des fausses couches sont dites précoces et ont lieues avant la 3ème semaine. Malheureusement, une femme sur trois connaîtra cette épreuve au cours de sa vie.

« Cela m’a fait du bien de me rendre compte que je n’étais pas la seule dans cette situation, j’ai toujours su que ma mère, ma tante et ma grand-mère avait eu une grossesse extra-utérine ou une fausse couche. Du coup, j’ai pu vivre ma peine sans pour autant me sentir sur le bord de la route ! ou anormal. Je me suis dit que cela faisait partie de la vie d’une femme. » Awa, 26 ans

C’est pour cela que cela peut prendre du temps… La première cause des fausses couches est une anomalie chromosomique de l’embryon, qui ne se développe pas convenablement, et donc qui est expulsé par l’organisme maternel, c’est une certaine sélection naturelle.

« Je venais de me marier, mes copines étaient déjà mères, et j’avais envie de l’être à mon tour, de papoter avec elles, j’avais tellement de colère en moi ! J’étais envieuse de toutes les femmes qui avaient des bébés ou qui étaient enceintes : ça fait beaucoup de monde ! Et donc forcément ça isole. C’est terrible. Heureusement, j’ai pu en parler, d’abord avec mon mari, puis avec une psy. Ça m’a permis de me détendre, de vivre les choses autrement. ».

Pour aller plus loin :

Un documentaire bienveillant avec des témoignages remarquables !

Attendre un enfant peut être long ou plus long que l’on ne le voudrait, c’est pourquoi il est essentiel pour le couple de continuer à avoir des activités et une sexualité de plaisir, de rester dans l’amour et dans l’émotion.

Ecrit par Zoé Piveteau, psychologue clinicienne

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