IVG

L’interruption volontaire de grossesse

Ecrit par Justine Andanson
le 1 mai 2008

Depuis des décennies, l’avortement se présente comme une question clef dans nos sociétés et l’est tout autant de nos jours : confrontations des différentes législations des pays membres de l’Union Européenne, actions des associations pro et anti-avortement, positionnement de l’Eglise, regard de l’entourage, opinions personnelles… De plus, en tant que femmes, ce sujet ne peut […]

Depuis des décennies, l’avortement se présente comme une question clef dans nos sociétés et l’est tout autant de nos jours : confrontations des différentes législations des pays membres de l’Union Européenne, actions des associations pro et anti-avortement, positionnement de l’Eglise, regard de l’entourage, opinions personnelles… De plus, en tant que femmes, ce sujet ne peut nous laisser indifférentes car nous sommes toutes susceptibles d’être concernées un jour ou l’autre. D’un point de vue statistique, on relève que chaque année il y a plus de 200 000 avortements en France, soit 14 Interruptions Volontaires de Grossesse (ou IVG) pour mille femmes de 15 à 49 ans malgré une certaine subsistance des avortements clandestins (par ailleurs, on estime que plus de la moitié des avortements faits dans le monde le seraient). Il nous semblait donc important d’apporter un éclairage sur cette thématique sensible en essayant de résumer au mieux le déroulement d’une IVG.
Quelles raisons pour quelles démarches ?
Tout d’abord, il faut bien se rappeler que l’avortement est avant tout un droit. En effet, depuis la Loi Simone Veil de 1975, toute femme en France dispose du droit d’interrompre sa grossesse volontairement, l’avortement ne pouvant être pratiqué qu’avant la 12ème semaine de grossesse, c’est-à-dire 14 semaines après le début des dernières règles. Après, il est toujours possible d’avorter mais alors seulement pour des raisons thérapeutiques : pour des raisons médicales tenant soit au fœtus soit à la femme enceinte. On parle dans ce cas d’interruption médicale ou thérapeutique de grossesse.
Les raisons qui amènent à se poser la question d’une IVG sont multiples : oubli de pilule, accident, défaut de contraception, risques thérapeutiques pour la femme ou le fœtus, manque d’informations ou viol (…) et ne sont jamais banales. Même chez des personnes jugées suffisamment aptes pour avoir un enfant (âge, situation personnelle et matérielle…), apprendre que l’on est enceinte peut parfois très mal tomber, voire être vécu comme un vrai drame psychologique si l’on ne se sent pas « prête ». Par ailleurs, un enfant se fait à deux, peut coûter cher ou tout simplement ne pas être désiré. Dans tous les cas et même si on ne le cautionne pas forcément, il faut respecter ce choix extrêmement difficile (avec toutes les conséquences qu’il implique) de la jeune femme et ne pas émettre de jugements a priori.
Une fois la décision prise, il est conseillé de prendre contact avec un hôpital public ou une clinique privée qui pratiquent des IVG (elles sont toujours effectuées dans des centres agréés). On peut aussi voir le médecin de son choix et pour toute information ou pour parler, il ne faut surtout pas hésiter pas à appeler un Planning Familial : la prise d’informations immédiate est cruciale pour que les choses se passent le mieux possible et soient le moins traumatisantes.
Comment cela se passe-t-il ?
Lorsque le risque de grossesse supposée survient très peu de temps après les rapports sexuels, il existe tout d’abord ce que l’on appelle la pilule du lendemain ou « Norlevo » : il s’agit d’une pilule contenant une dose élevée de progestatif prescrite après une éventuelle fécondation. Une administration de Norlevo équivaut à la dose additionnée du progestatif de cinquante pilules contraceptives. Cette grosse quantité d’hormones peut bloquer l’ovulation ou provoquer un avortement par le même mécanisme que le stérilet si elle est donnée à l’époque de l’ovulation. Mais elle est inefficace dès que le processus d’implantation a commencé. En cas de rapport sexuel non protégé, il est possible d’intervenir très rapidement pour éviter une éventuelle grossesse soit par la prise le plus rapidement possible de la pilule du lendemain, soit par la pose (obligatoire effectuée par un médecin) d’un dispositif intra-utérin (stérilet) dans les cinq jours.
L’état de la grossesse va ensuite conditionner la manière dont l’IVG sera pratiquée. Lorsque l’embryon est encore très petit, c’est-à-dire jusqu’à environ 7 semaines après les dernières règles, on utilise indifféremment la méthode mécanique (instrumentale par aspiration dite méthode de Karman) ou la méthode médicamenteuse. Il faut savoir que l’on opte de plus en plus pour la méthode médicamenteuse parce que beaucoup de femmes la considèrent comme étant moins traumatisante et moins invasive que la méthode mécanique. Cette méthode nécessite 4 consultations médicales : 1er rendez-vous, première prise des médicaments, seconde prise et rendez-vous de contrôle environ 15 jours après l’IVG. Après sept semaines, l’aspiration est la technique de choix privilégiée et sera souvent assortie d’un curetage des parois utérines.
Lorsque l’on pratique une IVG dans un établissement de santé, celui-ci peut garantir un total anonymat. De plus, les mineures ne sont pas obligées de mettre au courant leurs parents, par contre, elles doivent faire appel à un adulte référent qui les soutiendra tout au long de la procédure. Qu’il soit mécanique ou médicamenteux (le geste de prendre les comprimés reste très personnel), l’avortement peut être suivi par une prise en charge psychologique. Sur le plan pécuniaire, l’avortement médicamenteux coûte de 257 Euros à l’hôpital à 190 Euros s’il est effectué en cabinet. L’avortement par méthode chirurgicale coûte quant à lui de 190 Euros à 275 Euros tout en sachant que dans la majorité des situations, une hospitalisation de moins de 12 heures est suffisante. La sécurité sociale prend en charge 80% des frais de l’intervention et, même si certaines mutuelles peuvent rembourser le reste, il est toujours possible de demander l’aide médicale gratuite. Les mineures et les non-assurées sociales peuvent bénéficier d’une prise en charge financière totale par l’état.
Les réticences et leurs conséquences :
Il faut savoir que ce sujet reste encore très tabou même auprès des personnels de santé et que certains médecins refusent tout bonnement de pratiquer une IVG pour des raisons éthiques, déontologiques (au bénéfice de ce que l’on nomme « la clause de conscience ») ou religieuses. C’est son droit, par contre il a l’obligation d’informer la patiente dès le premier rendez-vous et doit également lui remettre le dossier guide avec les adresses d’organismes qui pourront la soutenir dans ses démarches. Pour ces raisons, il peut s’avérer difficile de rester « dans les temps » pour se faire avorter et il ne faut donc pas hésiter à consulter au plus vite un, voire plusieurs médecins dès les premiers signes d’une grossesse non désirée. Encore une fois, il est aussi toujours préférable de prendre contact avec le Planning Familial dès le début.
Le cumul des réticences médicales, des délais d’attente trop longs qui rendant rapidement l’avortement hors délai et, disons-le tout haut, d’un certain mépris (ou d’une mauvaise prise en charge morale) des patientes (selon de nombreux témoignages) par le personnel médical, a fait que les filières d’avortement à l’étranger se sont beaucoup développées ces dix dernières années. Il n’est donc pas rare que l’on se tourne vers d’autres pays pour avorter à condition toutefois d’y mettre le prix… Suisse, Angleterre (délai légal de 24 semaines) et surtout Espagne sont des pays très demandés. En effet, la législation, en Espagne notamment, est souvent plus souple qu’en France quant aux critères (la loi espagnole ne fixe pas de limites de temps lorsque le motif invoqué est le « risque pour la santé physique et psychique de la mère ») et aux délais pour interrompre volontairement sa grossesse (on peut aller jusqu’à 5 mois voire plus dans certaines cliniques de Barcelone qui pratiquent des avortements dits « tardifs »…). A titre indicatif, les tarifs espagnols qui ne sont bien évidemment pas pris en charge varient de 330 Euros (avant la 12ème semaine) à plus de 3 300 Euros (dès la 25ème semaine).
Et après ?
Même si en général les choses se passent bien (sur le plan physiologique), on évoque rarement les douleurs physiques et morales et les suites post avortement. En ce qui concerne les conséquences physiques, parmi les complications immédiates, on retrouve des risques d’hémorragies, de perforation de l’utérus ou de l’intestin et donc d’infection. Par la suite, une IVG peut engendrer des risques de stérilité, de grossesses extra-utérines et de naissances prématurées pour les futures grossesses. En outre, les gynécologues constatent qu’un nombre croissant de femmes viennent les consulter pour des irrégularités menstruelles, des pertes accrues ou des rapports sexuels douloureux suite à des avortements. De son côté, la pilule du lendemain peut entraîner des nausées, des vomissements, des maux de tête et des douleurs dans les seins.
Pour parler des séquelles psychiques (mais sans vouloir dramatiser), celles-ci sont les plus marquantes oscillant entre des sentiments d’angoisse, de culpabilité (idée d’avoir commis un meurtre) ou de regret, ce qui est tout à fait normal. Ce sont des sentiments humains qui se traduisent par ce que l’on désigne sous le nom de « syndrome post-abortif ». Plus précisément : après un sentiment premier de libération, on pourra se renfermer dans un état de déni et d’évitement qui tend à rationaliser le geste et donc à le légitimer. Après, il se peut qu’il y ait un effet de retour négatif (ou de feedback) avec des tendances dépressives (sentiment de l’échec de ne pas avoir accouché), des souvenirs, des questionnements. Dans les cas extrêmes, on parle de séquelles assimilables à un stress post-traumatique. Il faut savoir que dans nos sociétés ce syndrome post-abortif est généralement volontairement occulté et que peu de femmes osent consulter ou tout simplement en parler.
En dernier lieu, le suivi psychologique post avortement est un élément essentiel du bien-être futur de la personne qui aura avorté. Il est bien évidemment très difficile et normal de ne pas vouloir en parler par peur du jugement moral, par sentiment de honte ou de regret ou par souci de pudeur. Ainsi, beaucoup de femmes avortent dans le secret total sans que leur famille, leurs amis, voire leur conjoint ne soient informés. On comprend donc toute la peine et les difficultés de reconstruction qui peuvent exister par la suite. Dans tous les autres cas, le soutien des proches et pourquoi pas des consultations chez un psy (thérapies de reconstruction comportementalistes ou par la Gestalt par exemple) seront des outils essentiels pour éviter de se renfermer sur soi ou d’occulter un souvenir qui pourra resurgir des années plus tard. Bref, pour réussir à aller de l’avant.

Sources : wikipedia.org, [url=http://www.planning-familial.org]planning-familial.org[/url]

Par Ariane-Isabeau Noël

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