Interview

La nana du mois : la réalisatrice de Pour une femme, Diane Kurys

Ecrit par Marie TERRY
le 1 juillet 2013

Chaque mois, TDN met en avant une femme, son parcours, son métier, une "nana" qui est dans l'actualité.Un mois après le Festival de Cannes, et 2 jours avant la sortie de son film,"Pour une femme”, sortie ce mercredi 3 juillet, TDN a eu l'immense privilège de rencontrer Diane Kurys qui a accepté très spontanément, d'être notre nana du mois sur Trucs de Nana. 

Si je vous dis, Diabolo menthe, les cinéphiles, mêmes jeunes, connaissent. Pour les autres, Diabolo menthe, c’est LE film qui a lancé la carrière de Diane Kurys en tant que réalisatrice car elle avait débuté comme actrice suivant son premier choix de carrière (des rôles au théâtre et au cinéma avec de belles références comme la Compagnie Renaud-Barrault et en 1976 et un petit rôle dans le Casanova de Fellini de Federico Fellini). Le passage de comédienne à scénariste, et réalisatrice a été presque un hasard sans volonté très déterminée de sa part, semble-t-il. C’est le succès du premier film qui va inciter Diane à poursuivre dans cette voix-là.
On est en 1977, ce premier film qui tient en 2 mots sucrés Diabolo Menthe va connaitre un immense succès des critiques et du public et remportera  le prix Louis-Delluc et sera une référence pour les jeunes de cette époque. Il donnera à Diane Kurys son nouveau statut de femme scénariste et réalisatrice.Diabolo Menthe va être le début du genre ‘Diane Kurys » qui par sa seule signature, laisse imaginer ce qui sera sa marque de fabrique : des films autobiographiques, parlant donc de sa vie plus ou moins adaptée ou corrigée ou romancée pour le cinéma selon les films et les curseurs de la vie.Diabolo Menthe ou l’histoire de son adolescence. Plongées en septembre 1963, en pleine rentrée des classes au lycée jules Ferry, Anne, treize ans, et sa soeur Frédérique, quinze ans, sont confrontées à une double évolution: la leur et celle d’un monde en pleine effervescence. Puis Diane Kurys va enchainer avec des films peut être moins autobiographiques mais racontant des histoires fortes, mettant en scène des portraits d’hommes et de femmes surtout, engagées pour certaines, on parle de réalisatrice féministe, et également  des couples avec des relations tumultueuses voire tragiques.

L’histoire de Diane Kurys est souvent  en filigrane dans ces films qui puisent dans sa vie, des brides.

Quelle est sa vie en quelques lignes ? 

Ses parents sont des immigrés russes venus s’installer à Lyon, ville qui la voit naitre le 3 décembre 1948 mais qu’elle va quitter à l’âge de 6 ans au moment où ses parents divorcent, pour venir vivre à Paris avec sa mère et sa soeur. C’est pourquoi, cette ville chère à son coeur, (entre lyonnaises du même quartier, la Croix Rousse, on se comprend) sera le théâtre de nombreux de ses films. »Pour une femme », le dernier, renoue avec la capitale des gaules.

Histoires personnelles ? Des portraits ? Des femmes engagées ? Tel est l’univers de Diane Kurys.

Selon Diane Kurys, « la vie personnelle et la vie cinématographique d’une réalisatrice sont étroitement liées ». Dans ses films, on retrouve de la veine personnelle avec en ligne de mire des portraits d’homme et de femmes qui sont essentiels pour la réalisatrice.Ses paroles sont la meilleure introduction pour parler de son nouveau film. Tout est dit ou presque.Car dans son dernier film, il y a tout cela, une part de son histoire, des portraits forts, une femme amoureuse, des hommes en souffrance.

Avant de vous livre l’interview de la réalisatrice, voici le synopsis et la bande annonce de Pour une femme.Synopsis : A
la mort de sa mère, Anne fait une découverte qui la bouleverse : une
photo ancienne va semer le doute sur ses origines et lui faire découvrir
l’existence d’un oncle mystérieux que ses parents ont accueilli après
la guerre. En levant le voile sur un secret de famille la jeune femme va
comprendre que sa mère a connu un grand amour, aussi fulgurant
qu’éphémère. De 2013, on passe à l’après guerre, période dans laquelle
le film est tourné en grande majorité, un film d’époque sur fond de
libération de la femme avec dans le rôle de meneuse, la prometteuse Clotilde Hesme.

Chère Diane, pourquoi ce film maintenant ? Pourquoi avez-vous attendu 2013 pour parler de cette histoire ?

Diane Kurys : Ce film est peut être est le film de la maturité, le point d’orgue de ma vie, celui qui s’écrit après des années.

Pourquoi avoir choisi la musique de Diabolo Menthe, la célèbre chanson du film d’ Yves Simon en introduction de ce film ?

Diane Kurys : C’est juste une façon d’installer les spectateurs en musique. Personnellement, j’y voyais un signe, genre d’une boucle bouclée, Diabolo Menthe le film faisant référence à sa vie d’ado, et « Pour une Femme », le film de la maturité.

Au début, j’avais même hésité pour le nom du film Pour une femme, j’avais choisi au départ, « J’ai adoré Diabolo Menthe » mais j’ai renoncé à ce titre car il était trop égocentrique et peut être peu parlant pour les jeunes.

Le film porte finalement le joli titre de « Pour une femme”. Comment s’est fait ce choix ?

Diane Kurys : Je voulais un titre ouvert, comme une invitation à vouloir connaitre ce qui se cache parfois, à savoir certaines vérités. C’est aussi une référence au parfum de Caron, les femmes se parfumaient dans le temps et c’étaient presque les seules odeurs. Il y avait moins de fragrances que de nos jours où beaucoup de senteurs se mêlent.

Alors qui est cette Femme ?

Pour préciser un peu plus, le film met en avant principalement deux femmes à deux époques avec quelques flash back entre les 2. Sylvie Testud joue le personnage de Anne, Diane Kurys adulte, qui découvre le fameux secret. Mélanie Thierry joue le rôle de la maman de Anne, la femme amoureuse partagée entre deux hommes, au sein d’un trio qui fonctionne merveilleusement bien avec Benoit Magimel et Nicolas  Duvauchelle.

Pourquoi ce choix des actrices ?

Diane Kurys : J’ai choisi Sylvie Testud qui elle aussi est lyonnaise, (croix roussienne) avec qui j’ai beaucoup d’affinités. Elle a déjà été mon actrice dans le biopic Sagan tourné en 2007. Sylvie Testud écrit aussi, a été élevée par sa mère, est à la recherche de son père. Je me suis vue en elle. J’ai choisi Mélanie Thiery dans le rôle de ma maman jeune.Mélanie dit (Gala) avoir aussi eu des conflits avec son père.Pour une femme

Revenons au film, comment résonne ce secret pour vous ?

Diane Kurys : J’ai eu toujours l’intuition d’un secret, je me rendais compte de certaines choses, je devinais et j’ai voulu l’exprimer.

Que voulez-vous dire en filigrane de la découverte de ce secret?

Diane Kurys : On prend conscience que ses parents sont un homme et une femme, des êtres à part entière et qu’ils peuvent avoir des secrets. On comprend mieux ses parents si on les voit comme des êtres comme les autres. On ne les juge plus, ou pas.

Comment se passe une réalisation d’un film quand on a écrit le scénario ?

Diane Kurys : Le scénario est écrit, c’est sûr. Mais je travaille tout le temps sur le film que je tourne. Je nourris le film au cours du tournage.

Comment êtes-vous avec vos acteurs ? Leur laissez-vous une part de liberté ?

Diane Kurys :  Les acteurs doivent être libérés de tout.Le scénario est  là et reste le fondement. Mais il ne faut pas trop fixer de règles.

Mélanie Thierry vous a trouvée un peu « directive » ?

Diane Kurys : La relation femme réalisatrice/actrice est toujours difficile. Il n ‘y a pas de regard amoureux. Les actrices préfèrent les hommes réalisateurs.

Avez-vous écrit déjà un film pour un acteur ou une actrice, en pensant à lui ou elle dans le rôle ?

Diane Kurys : Non, jamais. Mais on aime travailler avec des acteurs qu’on connait. (Diane a fait tourner des grands noms comme Miou Miou, Isabelle Huppert, Sophie Marceau, Jean Pierre Bacri, Vincent Lindon., Nathalie Baye… Sylvie Testud et Benoit Magimel ont beaucoup tourné avec elle.  Benoit que j’ai pu voir, semble avoir une grande tendresse pour Diane.)

Quel regard portez-vous sur le cinéma d’aujourd’hui ?

Diane Kurys : Il est bon avec des acteurs « nouvelle génération » très prometteurs  comme Isïa Higelin, ma préférée.

Que pensez-vous de la Palme d’Or à Cannes ?

Diane Kurys :  Je n’aime pas le cinéma de Abdellatif Kéchiche. (Diane Kurys a connu Cannes, lors de l’ouverture de la 40e édition du Festival de Cannes, avec le film, « un homme amoureux », qui a réuni Peter Coyote, Greta Scacchi, Claudia Cardinale, Jamie Lee Curtis et Vincent Lindon. A demi-mots, j’ai perçu son adhésion à un certain glamour qui doit rester pour CE festival de Cannes.)

Comment envisagez-vous les prochains films ? Avez-vous déjà un film en tête ou en écriture ?

Diane Kurys :  Je vais revenir à des films de personnages, des portraits, des histoires d’amour.Je veux partager des histoires. Mais il faut attendre quelque temps pour que je repense à un film.On doit se remettre d’un accouchement avant de recommencer, Il faut cicatriser. (J’ai aimé cette histoire de porter un film comme un enfant.)

Comment pense-t-on à une histoire qui deviendra un scénario et un film ?

Diane Kurys :  Je lis beaucoup, plusieurs livres à la fois, des correspondances, des journaux intimes, des biographies. Sur ma table de chevet ? Le dernier livre de Françoise Giroux « Histoire d’une femme libre » et un livre sur la création de Hollywood du cinéma des années 1910.
Diane Kurys c’est aussi une femme simple qui vit une vie normale. Une maman proche de son seul fils de 23 ans, qu’elle a eu avec le cinéaste, Alexandre Arcady. Qui a sûrement fait des erreurs dans son éducation et aurait aimé un numéro 2 pour se « corriger ».En tout cas, elle lui a transmis le goût de la lecture. Il est même devenu écrivain et signe ses romans Sacha Sperling (de son vrai nom Yacha Kurys). Son premier roman, Mes illusions donnent sur la cour, dont le titre est emprunté à une chanson de Serge Gainsbourg, a été l’un des succès de la rentrée 2009. Il y raconte l’année scolaire d’un collégien parisien issu de la jeunesse dorée : ses amours, ses parents dont il s’éloigne peu à peu, les cours qu’il délaisse, l’alcool, la drogue. Il sort un livre à la rentrée. Promis, TDN vous en parlera, on va suivre.

Pour clore cette interview, Diane Kurys s’est prêtée au jeu des questions flashs : 

Vous déconnectez avec quel film ?

Diane Kurys : « Il était une fois l’Amérique » de Sergio Leone, je l’ai vu des dizaines de fois et c’est le seul film que j’emporte sur une île déserte.

Vous riez avec quel film ?

Diane Kurys : Spinal Tap de Rob Reiner sorti en 1984. Il s’agit d’un faux documentaire parodique sur un groupe de rock.

Vous pleurez avec quel film ?

Diane Kurys : Le mien. (Benoit Magimel a lui aussi versé sa petite larme en le découvrant à l’écran pour la première fois.)

Avez-vous un message à dire aux lectrices ? 

Diane Kurys :  la vie est longue mais c’est long d’apprendre à se connaitre.Il ne faut rien garder pour soi, parler, parler…
Je vous invite à découvrir ce beau film émouvant avec de très bons acteurs.Mais Diane Kurys, une dernière question, votre fils va voir le film et peut être qu’il se dira que ses parents, sa mère, VOUS, ont peut être aussi un secret, que c’est un message qui se transmet?… (Elle a souri.)
Un grand merci à Diane Kurys, elle n’a peut être pas levé tous ses secrets pour nous, mais elle a répondu avec la plus grande disponibilité à nos questions et vraiment, on a beaucoup apprécié cette conversation « entre nanas. »

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Commentaires (1)
  1. Justine

    bravo pour cette interview Marie 🙂

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