naturelle

Allaiter ou pas, telle est la question…

Ecrit par Justine Andanson
le 28 mars 2013

A l'occasion de la journée internationale de l'allaitement qui aura lieu demain 29 mars, TrucDeNana a souhaité faire le point sur le mode d'alimentation le plus naturel pour nourrir bébé mais aussi le plus polémique...

Le sein ou le biberon est devenu un choix vraiment possible dans les années 60. Mais pour beaucoup de femmes, aujourd'hui encore, ce n’est pas un choix, c’est une évidence. Elles sont convaincues des bienfaits de l’allaitement, elles ont vu leurs mères, leurs sœurs, leurs amies allaiter, donc cela va dans le sens de leurs représentations, dans le sens de la vie selon elles. C’est pourquoi, elles allaiteront, quelques jours, 1 mois, 6 mois 1 an ou plus, elles ne savent pas, mais elles vivront cette expérience qui contribuera à les inscrire dans leur lignée féminine.

Pour d’autres, il n’y a pas de choix non plus à faire, ce sera l’allaitement artificiel, un point c’est tout ! Certaines ne sont pas familières avec l’allaitement maternel, d’autres ont des contre-indications médicales (c’est rare), d’autres encore sont perdues dans leur corps ou leur histoire et n’ont pas d’espace possible pour accueillir cette intimité créée par le contact particulier de l’allaitement, et d’autres cas de figures encore sont possibles. Toujours est-il que chacun construit ses limites ou ses remparts et qu’il n’est pas toujours opportun de les faire tomber. Des sentiments très intenses sous-tendent chacun des types d’allaitement, c’est pourquoi, il ne faut pas normaliser ou hiérarchiser un type d’allaitement plus qu’un autre. L’essentiel dans l’allaitement, c’est qu’il y ait une rencontre mère /bébé, et celle-ci peut se faire autour d’une tétée ou du biberon.

Au milieu de ces deux catégories de femmes, il y a toutes les autres, celles qui hésitent, qui ont peur, de ne pas y arriver, de s’enfermer dans un allaitement trop long, une relation trop fusionnelle, celles qui culpabilisent « j’ai pas envie d’allaiter du tout, mais si c’est meilleur pour le bébé ? », celles qui ont peur pour leur corps, « mes seins deviendront-ils horribles ? », mon compagnon aura-t-il toujours du désir pour moi ? Le plus grand nombre de femmes doute, c’est pourquoi, chez TrucDeNana, nous avons laissé la place aux questions des lectrices et des lecteurs pour être au plus proche de vos interrogations.

Samia, 26 ans, enceinte de 3 mois :

« Si j’allaite comment, cela va se passer ? Mes sœurs ont eu mal et passaient leur vie à nourrir leur enfant. Je ne suis pas sûre d’avoir envie de vivre ça. A quoi dois-je m’attendre ? »

Il y a autant d’allaitement que de bébé allaité. Une femme qui a nourri plusieurs enfants pourra raconter une histoire différente pour chaque bébé. Il n’y a pas d’allaitement normal. La fréquence des tétées n’est pas contrôlable et ne doit pas être contrôlé et n’est pas la même pour tout le monde. Elle dépend de plusieurs paramètres :
– la production et le stockage du lait, la stimulation du sein
– l’état de santé et du transit du bébé
– l’âge du bébé
– la fonction du sein : nourricier, affectif…

En somme, c’est à toi de trouver ta manière de nourrir ton enfant et à lui de demander à sa manière d’être nourri, réconforté.

Camille, 29 ans, 2 enfants :

« Je n’ai pas allaité mes premiers enfants. Je souhaite être enceinte de nouveau, et cette fois j’espère pouvoir allaiter mon troisième au sein. Quelles sont les différences entre les deux types d’allaitement ? Quelle position choisir pour l’allaitement ? Peux-ton changer ou l’enfant a-t-il besoin d’avoir toujours la même position pour garder ses repères ? »

Les positions sont variables. Elles doivent avant tout être confortables pour la mère et l’enfant. L’enfant doit pouvoir happer le mamelon que la mère lui présente entre ses doigts, et mettre sa langue suffisamment en avant pour permettre l’extraction du lait. Pour cela le bébé doit être face au mamelon sans avoir besoin de tourner la tête. Ensuite, vous pouvez changer de position selon les moments de la journée, votre fatigue, les conditions de l’accouchement, l’âge de l’enfant
Voici un lien qui vous permettra de visualiser ce qui est possible. A vous, de mettre en place ce que vous préférez. La position de la tétée doit permettre un échange de regard, car une tétée comme un biberon n’est pas qu’une question de nourrissage, mais de partage et de lien.

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Jeanne, 23 ans, enceinte de 5 mois :

« Je vais accoucher en Août et je reprendrai les cours mi-septembre. Je me demande si ça vaut le coup de lancer un allaitement au sein, sachant que je ne pourrai pas allaiter très longtemps. J’en ai envie et je me demande comment je vais pouvoir m’arrêter d’allaiter si je commence. »

Il est vrai que l’OMS conseille l’allaitement maternel exclusif jusqu’à 6 mois et en complément d’une alimentation solide jusqu’à 2 ans. Mais, c’est à toi de voir, ce qui est possible de vivre pour toi avec ton enfant et dans ton couple. Tu peux très bien vivre l’expérience de l’allaitement, sans le prolonger durablement, faire ce que l’on appelle les tétées d’accueil par exemple. En France, la durée moyenne de l’allaitement est de 10 semaines environ. Et les mères entament un sevrage la plupart du temps en raison de la reprise de leur travail. Le sevrage peut être partiel avec les tétées le matin et le soir et en journée des biberons. Les méthodes de sevrage, sont variées. Elles peuvent être brutales, la mère essaye de dégoûter l’enfant du sein avec des substances amères ou l’éloigne du jour au lendemain. Un sevrage progressif est à privilégier, avec une introduction petit à petit d’un lait artificiel ou d’une alimentation solide selon l’âge, permet à l’enfant et à sa mère de faire plus sereinement le deuil de cette période de leur vie qu’est l’allaitement au sein. Le moment privilégié de la tétée, de cette rencontre à deux, peut se déplacer autour, d’un câlin, d’un jeu, d’un massage… Ce qui compte, c’est de verbaliser les raisons du sevrage à son enfant et de lui dire que vous restez disponible pour lui transmettre des choses autrement et que vous avez toujours du plaisir à être avec lui.

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Habibata, 23 ans :

« Mes seins sont une source de plaisir sexuel pour moi, et je suis troublée à l’idée qu’ils puissent « servir » à autre chose. »

L’allaitement est un contact charnel. La mère et le bébé sont alors corps à corps et cœur à cœur. Parfois lorsque les seins sont très érotisés, la mise au sein pour l’allaitement peut être compliquée, car la poitrine est autant le symbole de la féminité que de la maternité. La maternité n’est d’ailleurs pas un abandon du féminin. L’un n’a pas à exclure l’autre. Certaines femmes ont peur en donnant d’elles de ne plus pouvoir prendre soin d’elles et d’être englouties dans une fonction. C’est à toi de ressentir les limites de ce que tu souhaites vivre et de définir ce qui te permet de te sentir en équilibre.

Pour t'aider dans cette démarche, tu peux faire appel aux professionnels de l'équipe Allo Parents bébé N° Vert : 0800 00 3 4 5 6.

Sarah, 32 ans, enceinte de 7 mois :

« Allaiter ça me dit bien, mais, mes seins ont toujours été moches et j’ai peur que ce soit pire en allaitant. J’ai peur de me sentir comme une vache, que mon mec, ne me regarde plus comme une femme, mais comme une mère ou pire comme un animal. En plus je me dis que je vais présenter un truc affreux à mon bébé magnifique, et ça me fait me sentir encore plus mal, je me sens carrément coupable. »

Donner le sein ou le biberon, ce n’est pas juste donner du lait. Cela interroge le rapport au corps, révélant bien souvent des douleurs enfouies. Les craintes les plus anciennes ou inavouées affleurent autour de cette question de l’allaitement. Allaiter confronte toute femme à sa féminité, à sa sexualité et à son animalité. Et exige de se réconcilier avec son corps, son affect et son intellect qui sont bien souvent (auto)dévalorisés.

Tu as une image tellement sévère de toi et tu imagines que les autres ont la même. Cela crée une pression si intense en toi que tu vis ton corps comme dégradant. C’est pourquoi, je te conseille vivement de faire appel à la psychologue de la maternité, pour t’aider à réfléchir à ce qui se noue en toi et qui crée tant de souffrance, souffrance ancienne et mise en lumière par ta grossesse. Cela te permettre de te sentir plus sereine dans la rencontre de ton enfant.

Moïse, 31 ans :

« J’ai peur de moins compter pour ma fille, si ma femme allaite ? J’ai envie d’être là pour elle. Je suis partagé dans mon désir de parité ( on partage, les taches ménagères, l’argent, les soins aux enfants …) et celui de lui laisser vivre cette rencontre purement féminine avec sa fille. Ma femme n’est pas sûre d’avoir envie d’allaiter. Mais, je ne veux pas qu’elle puisse me le reprocher un jour. »

Certaines femmes n’ont pas le souhait d’un allaitement long, mais le désir d’assouvir leur soif de curiosité. Certaines accueillent leur enfant par une tétée de bienvenue et arrête au bout de quelques heures ou jours, mais sont ravies d’avoir tentée cette expérience, au-delà du plaisir ou non ressenti. En effet, renoncer à cette expérience, qui semble autant la tenter que la laisser songeuse, risque de mettre au milieu de votre couple, une pierre lourde à porter. C’est pourquoi, sont choix d’allaitement doit s’inscrire dans son histoire à elle.

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Les pères ont une place privilégiée auprès de leur enfant, que ceux-ci soient allaités au biberon ou au sein. Par contre, si ta peur est de ne pas compter, ce n’est pas en évitant l’allaitement, que tu n’auras plus peur. Pourquoi as-tu cette crainte ? L’allaitement ne barre pas l’accès à l’enfant, tu peux trouver un moment privilégié dans la journée pour créer du lien avec ta fille, que ce soit autour du jeu, du change, du bain, du dialogue, de la musique … Ce n’est pas la quantité d’heure passée ensemble qui définit la qualité de la relation. C’est en étant présent à toi-même et disponible pour ton enfant quand vous serez en présence, que votre relation sera épanouie et source de complicité.

Nadia, mère d’une petite fille de 1 mois

« Ma mère m’a dit que son lait n’était pas assez nourrissant et riche. Est-ce possible que mon lait soit similaire ? Je crois surtout que c’est compliqué pour elle d’accepter que j’allaite mon bébé alors qu’elle n’a pas souhaité nous allaiter nous. »

Il est vrai que lorsqu’une mère a donné le biberon à ses enfants, cela peut être difficile pour elle de valoriser l’allaitement de sa fille et cela est renforcé par le fait que dans notre culture, il n’existe pas de transmission très positive de l’allaitement maternel par la génération qui a précédée, ce qui peut rendre les débuts d’allaitement difficiles. L’arrivée d’un nouvel enfant dans une famille bouscule pour différentes raisons et notamment, parce que les parents, doivent accepter parfois que leurs propres enfants ne reproduisent pas leurs choix parentaux. Et souvent cela résonne en eux, comme une accusation d’avoir mal fait et donc d’être de mauvais parents. Mais, leurs enfants sont devenus des parents et leurs choix, ne doivent pas se construire uniquement pour rassurer leurs propres parents. L’allaitement est d’abord un acte affectif, et il ne peut être fait par devoir.

Concernant la composition du lait, elle change d’une femme à l’autre, d’une tétée à l’autre et même au cours d’une tétée. Et le lait maternel est toujours adapté aux besoins de l’enfant. Mais pour que l’enfant bénéficie de toute la richesse du lait, il est nécessaire de bien vider son sein avant de changer de côté.
Au début de la vie du bébé, il y a le colostrum, puis le lait de transition, puis le lait. Chacun de ces liquides est suffisant à condition que l’enfant y ait accès à volonté.

Pour plus d’information sur la composition du lait, vous pouvez suivre ces liens :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Lait_maternel_humain

http://commons.wikimedia.org

http://sdp.perinat-france.org

Chacune et chacun doit être informé des bienfaits de l’allaitement maternel, sans pour autant se sentir obligée ou culpabiliser de ne pas le mettre en place. L’allaitement est une rencontre de la femme avec sa propre histoire de fille et de mère, puis avec son enfant, sa relation au toucher… Le singulier, le familial, le culturel et le politique sont réunis et influencent le choix des mères. Il n’y a pas de bonne réponse, de bon choix, si ce n’est celui qui permet à la mère de se sentir tranquille dans la relation à son enfant et à elle-même. Dolto disait : « il vaut mieux un biberon donner avec le cœur, qu’un sein présenté à contre-cœur« . Le choix de l’allaitement est propre à chacune et se doit d’être accompagné par les professionnels et l’entourage.

Par Zoé Piveteau

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